Notre-Dame des Laves : l'église que la lave n'a pas pu consumer

Façade rose de l'église Notre-Dame des Laves entourée de lave solidifiée, Piton Sainte-Rose, La Réunion

À cinq minutes à pied de la Villa Bigaradier, une petite église rose se dresse au milieu d’un champ de lave noire. Elle s’appelle Notre-Dame des Laves, et son histoire est l’une des plus saisissantes de toute l’île de La Réunion. En avril 1977, un torrent de roche en fusion dévalant les pentes du Piton de la Fournaise l’a encerclée, brûlé son portail, effleuré sa nef — et s’est arrêté. L’église était debout. Le reste du village, lui, ne l’était plus.

Que vous soyez croyant ou non, ce lieu trouble et fascine. Voici tout ce qu’il faut savoir avant de vous y rendre.

Une église née en 1927, au bord du volcan

L’histoire de Notre-Dame des Laves commence bien avant 1977. C’est en 1927 que les habitants de Piton Sainte-Rose font construire une première chapelle sur ce quartier de la côte Est, alors consacrée à l’Enfant Jésus de Prague. Dans un village vivant sous la menace permanente du Piton de la Fournaise — l’un des volcans les plus actifs au monde — ce lieu de culte est rapidement au cœur de la vie communautaire.

L’édifice est agrandi en 1935, puis entièrement reconstruit en 1952 après qu’un cyclone l’a sévèrement endommagé. On conserve toutefois son style d’origine, typique de l’architecture créole Art Déco, avec sa façade peinte d’un rose délicat et ses ornements caractéristiques. Au moment où le Piton de la Fournaise entre en éruption en mars 1977, c’est cette église de 1952 qui se trouve sur le chemin de la lave.

Le week-end de Pâques 1977 : quand la lave a traversé le village

Le 24 mars 1977, le Piton de la Fournaise se réveille. D’abord cantonné à l’intérieur de l’Enclos Fouqué, l’éruption prend un tour dramatique le 5 avril quand de nouvelles fissures s’ouvrent hors de l’enclos, sur les hauteurs de Sainte-Rose. C’est la première fois depuis que des hommes habitent cette région qu’un tel événement se produit. Les Réunionnais comprennent ce jour-là que le volcan peut atteindre leurs villages.

Deux coulées distinctes se forment. L’une se dirige vers Bois-Blanc — elle s’arrêtera à quelques mètres du village. L’autre fonce droit sur Piton Sainte-Rose. Les 600 habitants sont évacués dans l’urgence.

La nuit du 9 avril, le front de lave pénètre dans le village. Il brûle une douzaine de maisons en bois, coupe la RN2 et se jette dans l’océan Indien au petit matin. Premier passage : l’église est épargnée.

Mais le 13 avril au soir, une nouvelle fissure s’ouvre plus bas. Un second torrent de lave dévale les pentes à 80 km/h, le front mesurant 7 à 8 mètres de haut. À 19h15, la lave atteint le parvis. Le portail s’embrase. Les vitraux éclatent sous la chaleur — la température de la roche en fusion dépasse alors 1 000 °C. La lave pénètre dans la nef sur 3 mètres, des bancs prennent feu. Puis elle s’immobilise. Un autre bras contourne l’église, détruit 34 maisons supplémentaires, engloutit la gendarmerie et la station-service, et rejoint l’océan à 21h30.

L’éruption s’achève le 15 avril 1977. L’église est debout. Ce que beaucoup appelleront un miracle est gravé depuis ce jour dans la mémoire de toute l’île.

Ce que vous verrez aujourd’hui

Après sa restauration en 1979, l’église reçoit un nom nouveau qui raconte son histoire : Notre-Dame des Laves. Elle porte depuis fièrement les traces de l’éruption, comme autant de cicatrices devenues emblèmes.

L’escalier taillé dans la lave

L’entrée elle-même est faite de la lave de 1977, solidifiée, taillée pour former des marches. Chaque pas vers le portail vous fait littéralement marcher sur l’histoire.

Les vitraux de Guy Lefèvre

Ceux d’origine ayant éclaté sous la chaleur, le maître verrier réunionnais Guy Lefèvre crée en 1979 de nouveaux vitraux représentant la coulée de lave encerclant l’édifice. Il réalise également la grande fresque placée derrière l’autel en 1982. Ces œuvres sont à regarder longuement — elles racontent l’événement avec une précision et une émotion rares.

La Vierge au parasol

À l’intérieur de l’église se trouve aujourd’hui une statue ancienne, surnommée la Vierge au parasol — ainsi baptisée par un artisan qui lui avait fabriqué un abri pour la protéger des intempéries de la côte Est. La légende veut qu’un planteur de vanille l’ait commandée après que la lave avait miraculeusement épargné ses champs. Cette statue a elle-même été contournée par plusieurs coulées au fil des décennies, avant d’être finalement mise à l’abri à l’intérieur de l’église.

La statue Métisse 77

Face à l’église, inaugurée en septembre 2018, une statue réalisée par quatre sculpteurs réunionnais représente une femme, une croix au cou, le regard tourné vers le volcan. Elle s’appelle Métisse 77, et incarne la douleur des habitants de Sainte-Rose lors de cette éruption.

L’espace d’interprétation

En face de l’église, dans l’ancienne gendarmerie partiellement détruite par la lave, une exposition permanente gratuite retrace l’éruption de 1977 à travers des photographies, des coupures de presse et un film d’époque. Elle est ouverte du mardi au samedi, de 9h à 12h et de 13h à 17h. Entrée libre.

Infos pratiques pour votre visite

AdresseRN2, Piton Sainte-Rose, 97439 Sainte-Rose
Distance depuis la villa5 minutes à pied (500 m)
AccèsLibre, entrée gratuite
Exposition permanenteMardi–Samedi, 9h–12h / 13h–17h — entrée gratuite
ParkingGratuit sur place
Durée conseillée45 min à 1h (église + exposition + statue)

Ce qu’on ne vous dit pas toujours

Notre-Dame des Laves est souvent présentée comme une simple curiosité touristique. En réalité, c’est un lieu de pèlerinage actif. Des processions sont organisées chaque année en mémoire de l’éruption, et des fidèles viennent de toute l’île s’y recueillir.

L’église est ouverte à tous, croyants ou non. Il s’agit toutefois d’un lieu de culte en activité — une discrétion s’impose lors de votre visite.

Prenez le temps de longer la coulée de lave de 1977 visible depuis le bord de mer, en aval du parcours de santé de Piton Sainte-Rose. Elle est quasiment intacte près de cinquante ans après, à peine recouverte de quelques filaos. En s’approchant de l’océan, on mesure mieux l’ampleur du phénomène : la largeur de la coulée au moment où elle a rejoint la mer est impressionnante.

À combiner avec vos visites

Notre-Dame des Laves s’inscrit naturellement dans une journée découverte de la côte Est depuis la villa :

  • Le matin : visite de l’église et de l’exposition (45 min)
  • En fin de matinée : l’Anse des Cascades à 3 km au nord
  • Le midi : déjeuner au snack La Terrasse des deux Pitons, juste en face de l’église, reconnu pour ses caris réunionnais
  • L’après-midi : la Route des Laves vers le Grand Brûlé et Saint-Philippe

La Villa Bigaradier se situe à 500 mètres de Notre-Dame des Laves. Depuis votre terrasse vue mer, vous apercevez les mêmes pentes que celles par lesquelles la lave a dévalé en 1977. Séjourner ici, c’est vivre au cœur de l’histoire volcanique de l’île.

Séjournez à Sainte-Rose

La Villa Bigaradier vous accueille à deux pas de tous ces sites. Vue mer panoramique, jardin tropical, tout confort.

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